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TYPE DE SUPPORT : ARTICLE   |   CATÉGORIE : DANS LA PRESSE

AUTEUR : Cap sur le juriste « augmenté » et stratège au cœur du business

DATE : 4 septembre 2017

Cap sur le juriste « augmenté » et stratège au cœur du business

 

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Un avenir riche en défis attend les juristes : développement des outils technologiques, nouveaux modes de travail, apparition de nouvelles problématiques juridiques, évolution du métier… À quoi faut-il s’attendre ? Éléments de réponse.

Sophie Pottier Lacourt, directrice juridique d’Hopscotch Groupe, groupe de conseil en communication, appartient à une nouvelle catégorie de salariés, les SBF (sans bureau fixe). Chaque matin, elle récupère ses affaires personnelles dans son casier attitré puis elle se trouve un poste de travail libre où elle pourra accéder à ses données hébergées dans le cloud. En ce lundi matin, elle souhaite revoir une clause contractuelle, c’est donc non loin du directeur commercial qu’elle s’installe dans l’open space. Son équipe, quant à elle, est éparpillée aux quatre coins de l’immeuble.

« Les bureaux doivent offrir un maximum de liberté sans frein organisationnel, témoigne Frédéric Bedin, président du directoire d’Hopscotch Groupe. Ils doivent encourager la mobilité et l’ouverture sur les autres. Ils doivent être sources de rapidité d’exécution et de gain de temps, et être au service de la performance des salariés et de la compétitivité de l’entreprise. Une entreprise, c’est un tout qui doit être supérieur à la somme des parties ! L’architecture des bureaux doit favoriser cette émulation. Dans l’avenir, je ne crois pas à la disparition physique des entreprises : les bureaux restent et resteront un lieu d’incarnation de l’entreprise. Mais, il est vrai que sous l’influence des nouvelles technologies, les façons de travailler changent radicalement et à la vitesse grand V.

Tous les cafés et restaurants de Paris et de Navarre sont aujourd’hui de potentiels lieux de travail ! Manager à distance requiert une certaine adaptation. Cela se pratique déjà mais demain ce sera la norme. » L’environnement et les modes de travail sont en train de changer inexorablement. Armés d’un arsenal d’objets connectés, les salariés vont travailler de n’importe où, à n’importe quel moment. Les frontières entre vies privée et professionnelle vont définitivement s’estomper.

« Au temps de présence sur le lieu légal de travail, vont s’accoler des moments où on accepte d’être sollicité, sans distinction de temps et de lieu, résume André-Yves Portnoff, conseiller scientifique de Futuribles, centre de réflexion et d’études prospectives. Tout en se réservant des plages de déconnexion pour maximiser sa créativité, car les idées n’ont pas forcément la politesse de venir lorsque l’on est sur son lieu de travail. Pour preuve, plusieurs études démontrent que les idées créatives surgissent quand on est sous la douche ! »

Le rôle stratégique du juriste conforté

Le secteur juridique connaîtra également son lot de mutations. « L’interprofessionnalité va se développer, assure Benjamin Jean, président de l’association Open Law qui agit pour l’ouverture du droit par le numérique. Il y aura un bouleversement de l’offre de service. Aujourd’hui, les réglementations qui régissent les professions réglementées ne permettent pas cet essor, mais demain… Par ailleurs, quand les technologies auront gagné en maturité et acquis la confiance des utilisateurs, elles auront un impact vraiment considérable sur l’économie et les métiers du droit. »

Justement, les professionnels du droit, juristes d’entreprise en tête, seront-ils menacés par l’intelligence artificielle ? Seront-ils remplacés à terme par des logiciels ultra-évolués ? Les experts interviewés sont unanimes : il n’en sera rien. Le métier de juriste d’entreprise va juste muer. « Malgré l’essor des nouvelles technologies, il n’y a aucune ambiguïté sur la valeur ajoutée du juriste d’entreprise dans la gestion des risques et le pilotage d’une stratégie juridique », souligne Jérôme Dupré, cofondateur de Case Law Analytics, ancien juriste d’entreprise et magistrat en disponibilité.

D’autant que pour faire face à la complexité du droit et à l’apparition de nouvelles thématiques juridiques, où la jurisprudence est pauvre, le juriste reste le seul rempart. « En faisant gagner du temps sur la veille ou la rédaction des contrats, les outils numériques permettront aux juristes de se concentrer sur des tâches et missions à plus haute valeur ajoutée, renchérit Benjamin Jean (Open Law). Doté de plusieurs casquettes, le juriste d’entreprise de demain sera un stratège. »

« Ce rôle plus stratégique du juriste d’entreprise est favorisé par la digitalisation du métier mais aussi par l’internationalisation grandissante des entreprises avec les risques qui en découlent, signale Patrick Bignon, associé de Bignon De Keyser, cabinet de conseil en stratégie dédié aux professions juridiques. Le juriste d’entreprise de demain interviendra de moins en moins en pompier et bien plus en amont des dossiers. Le métier sera encore plus intégré au business, il sera plus riche mais aussi plus exposé. » « Tous les dossiers juridiques ne passeront plus entre les mains des juristes d’entreprise qui se concentreront sur les plus stratégiques ou risqués », confirme à son tour Olivier Chaduteau, managing partner de Day One, cabinet conseil en stratégie d’organisation.

Amiel Feldman, président – fondateur d’eJust.fr et ancien avocat en droit de la concurrence et droit bancaire, va encore plus loin : « Les rapports de force entre avocats et juristes d’entreprise vont être bouleversés. Pour l’instant, les juristes délèguent l’exécution du contentieux aux avocats externes. Avec le développement du numérique, le monopole de l’avocat devant les juridictions n’a plus lieu d’être, et les avocats seront internalisés directement dans l’entreprise. Pour s’établir de façon indépendante, l’avocat devra justifier de compétences ou d’expériences exceptionnelles. » À court terme, d’ici à 2018, Amiel Feldman a d’ailleurs des projets pour les juristes d’entreprise : leur permettre de devenir arbitre ! « La seule difficulté réside dans l’assurance responsabilité professionnelle couvrant l’activité d’arbitrage. Il s’agit de la rendre accessible aux juristes d’entreprise. J’y travaille, confie le président d’eJust.fr. Leur expertise du monde de l’entreprise en ferait des arbitres de grande qualité. »

Des compétences à développer ou à acquérir

Au sein de leur entreprise, le champ d’intervention des juristes d’entreprise sera de plus en plus large : de la conformité au lobbying et aux affaires publiques, en passant par la data privacy ou le contentieux lié aux objets connectés… « Les problématiques juridiques de demain seront plus complexes et plus floues, signale André-Yves Portnoff (Futuribles). Les pratiques juridiques de demain restent à inventer ! »

Même son de cloche de la part de Paul Pietyra, président d’Aktan, société dédiée à l’innovation par les services : « Dans la société de demain, collaborative et communautaire, où l’innovation ne sera plus l’apanage des salariés mais pourra provenir notamment des clients, de nouvelles questions vont se poser aux juristes d’entreprise. Ils vont devoir réinventer leurs pratiques et cadres juridiques et ce, dans des délais très courts pour coller aux évolutions rapides des usages. » Créativité et réactivité, deux qualités qui seront indispensables au juriste d’entreprise pour aborder ces nouvelles thématiques.

« Les directions juridiques auront un rôle-clé et une influence prépondérante en interne et en externe, estime Patrick Bignon (Bignon De Keyser). De fait, les juristes vont devoir ajouter de nouvelles cordes à leur arc. La proximité et le travail en équipe avec les clients internes et collègues juristes, où qu’ils soient à travers le monde, seront quotidiens. Demain, la filière juridique devra être parfaitement « marketée ». »

Si l’image d’Épinal du juriste dans sa tour d’ivoire est passablement écornée depuis des décennies, demain, le juriste d’entreprise sera plus que jamais collaboratif et travaillera en mode projet et en transversalité. « Le legal project management me paraît être, au-delà de l’expertise juridique, la compétence n° 1 du juriste de demain, indique Olivier Chaduteau (Day One) qui enseigne justement la gestion de projet à l’École de droit de Sciences Po.

Il va devoir acquérir les techniques et maîtriser les outils de gestion de projet. » Au-delà de ces outils spécifiques, sans devenir un codeur, ni même un technophile averti, le juriste d’entreprise va bien évidemment devoir maîtriser les outils digitaux. « Mais aussi savoir les évaluer afin de sélectionner les outils pertinents », souligne Patrick Bignon (Bignon De Keyser). « Le juriste d’entreprise sera également amené à manipuler de plus en plus la data, met en exergue Olivier Chaduteau (Day One). Il va devoir apprendre à l’analyser et à bien appréhender les statistiques. Être de grands techniciens du droit ne sera plus suffisant. »

Mondialisation et « glocalisation » font que l’anglais restera indispensable mais d’autres langues pourront être appréciées. Le juriste d’entreprise, business partner à part entière, devra disposer d’une forte culture juridique mais aussi business. « Comment accompagner efficacement le développement et la stratégie de son entreprise si l’on ne parle pas le même langage que les opérationnels, si on n’a aucune connaissance en comptabilité, en finance, en économie ou en géopolitique ? », s’interroge Olivier Chaduteau.

Quant aux soft skills, le juriste d’entreprise devra être capable de s’acclimater à d’autres cultures, de développer des compétences en communication, en pédagogie, en leadership et disposer d’un excellent relationnel…

Préparer le futur

Face à ces évolutions, les formations en droit vont devoir elles aussi s’adapter. « Les universités doivent mener une réflexion pour adapter leur offre de formation aux nouveaux besoins, confirme Bruno Dondero, professeur à l’École de droit de la Sorbonne (Université Paris 1). Néanmoins, il ne s’agit pas de proposer des enseignements généralistes éloignés du droit, le juriste sorti de l’université est un très bon technicien en droit et il doit le rester quelles que soient les évolutions de son métier. » Olivier Chaduteau (Day One) estime, pour sa part, que « les formations évoluent dans le bon sens en intégrant des cours plus diversifiés et en proposant une ouverture vers l’international. Néanmoins, leur mue pourrait être plus rapide. »

Au vu de l’évolution ultrarapide des usages et des pratiques, l’adéquation des enseignements avec la réalité des métiers est un enjeu de taille. « Nous vivons une époque unique, où les étudiants entrent en 1re année avec l’objectif d’exercer des métiers qui auront peut-être disparu à leur entrée sur le marché du travail, tandis que des activités nouvelles seront apparues », renchérit Bruno Dondero. « Les nouvelles générations de juristes se tourneront plus fréquemment vers les doubles diplômes », considère Patrick Bignon (Bignon De Keyser).

Si les nouvelles technologies commencent à investir les campus, dans le futur, elles transformeront la façon d’enseigner. D’ores et déjà YouTube, Facebook et autres outils digitaux sont les nouveaux compagnons des enseignants.

Bruno Dondero en fait depuis quelque temps l’expérience à l’université Paris 1 : sa chaîne YouTube référence plus d’une vingtaine de cours en droit des sociétés, également diffusés en direct sur Facebook, et des sessions de questions-réponses se déroulent en live sur Twitter… « Les cours magistraux en amphithéâtre ne disparaîtront pas, le contact humain est irremplaçable, commente Bruno Dondero. En revanche, davantage de cours seront dématérialisés et l’interactivité trouvera un nouveau souffle avec le numérique. Les nouvelles technologies ouvrent un champ de possibilités immense.

C’est valable pour l’enseignement supérieur mais également pour la formation continue. Les MOOCs [Massive open online courses, ndlr], de par leur commodité, vont s’imposer comme un outil de formation incontournable. » D’autant que la formation est la clé pour anticiper toutes ces mutations et envisager le futur avec sérénité !

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Article publié en partenariat avec l’AFJE, première organisation professionnelle des juristes d’entreprise en France, qui réunit plus de 4 300 adhérents.

Sa mission depuis 45 ans : promouvoir les directions juridiques et la profession de juriste d’entreprise.

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